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Samedi 16 mars 2013 6 16 /03 /Mars /2013 20:06
- Par William

La mode est aux contes revisités. Rien que ce mois-ci, nous en aurons trois ! Mais que donne le film du réalisateur de « Spider-Man » ? Un conte personnel !

 

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Le Monde Fantastique d’Oz :

l’histoire cachée d’un magicien grand et puissant

 

Dans les années 1990, je découvrais lors d’un après-midi de jour férié un monument du Cinéma, mais ça, je ne le savais pas encore du haut de mes six ans.

Passé du noir et blanc à la couleur, venant tout droit du Kansas, Dorothy ne le savait pas plus, et pourtant, elle était l’ambassadrice d’une magie intemporelle qui allait toucher plusieurs générations.

« Le Magicien d’Oz » de Victor Fleming a su se faire une place dans le cœur de nombreux cinéastes au fil des années.

 

L’un d’eux : Sam Raimi.

Grand cinéphile, il fut, à l’image de Dorothy ; un ambassadeur d’une autre magie dans les années 1980, à l’hémoglobine plus poussée : le genre horrifique fantastique brillait de mille feux à ce moment là. « Evil Dead », ce pur OVNI cinématographique, scella ainsi la carrière du réalisateur.

 

Une quinzaine d’années plus tard, Sony Pictures choisissait son goût pour le désuet charmant pour l’adaptation de « Spider-Man ».

Après trois réussites artistiques et commerciales (plus discutable pour « Spider-Man 3 »), Sam Raimi fut remercié.

Le cas « Spider-Man 4 » est presque un cas d’école : pré-production houleuse, différends artistiques, ambitions financières démesurées pour chacune des parties (production, réalisateur, acteurs). Bref, ce quatrième épisode des aventures de Peter Parker ne pouvait plus se faire avec Sam Raimi.

Sony Pictures claque ainsi la porte au réalisateur américain et le met définitivement dehors pour rebooter (un peu trop vite à mon goût) la saga « Spider-Man » afin d’en conserver les droits (« The Amazing Spider-Man », cette grande réussite).

 

Après un « Jusqu’en Enfer » personnel, Sam Raimi est repêché par Disney et envoyé sur le champ de bataille.

« Alice au Pays des Merveilles », conte 3D revisité par Tim Burton (et discutable), a amassé plus d’un milliard de dollars de recettes à travers le monde en surfant sur la vague « Avatar », sorti 3 mois plus tôt.

Convaincus de tenir là un réceptacle à dollars, Disney relance l’opération : conte revisité, réalisateur reconnu et admiré, production surpuissante (remarquez toutes les productions semblables ces temps-ci : « Hansel & Gretel », « Jack le Chasseur de Géants »).

Joe Roth, ex-Président des Studios Disney dans les années 1990, revient à la production après « Alice » et « Blanche-Neige et le Chasseur », dévolu à Universal Pictures, pour mettre en boite ce nouveau succès.

 

Alors ? Boite à idées ou opportunisme en boite ?

 

Ce « Oz, The Great and Powerful » n’est sans doute pas le film de l’année, mais a plus d’un tour dans son sac !

 

Brève analyse et seconde lecture à venir !

Attention, c’est truffé de spoilers (si vous n’avez pas vu le film et ne voulez pas en savoir plus, PARTEZ !).

 

 

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« I don’t want to be a good man.

I want to be a great one ! »

 

Le film commence ainsi dans un tourbillon.

 

Passé le château logo de Disney, nous entrons dans un tourbillon d’idées, de « trucs » à rappeler le théâtre-studio de George Méliès, qui utilisait la profondeur de champs pour glisser des objets fantastiques.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/39/Melies%27s_Montreuil_studio.jpg


Et c’est un peu l’image que souhaite donner Raimi à son film.

Les effets spéciaux prennent tout leur relief grâce à la 3D, le scénario accumule les petites idées fantastiques pour étonner son spectateur, et Sam Raimi doit donc passer par le château de Cendrillon (allégorie de Disney) pour réaliser un rêve de gosse.

 

 

OZ

I don’t want to be a good man. I want to be a great one !

(je ne veux pas être un homme brave, je veux être un grand homme !)

 

 

Un rêve qui l’oblige à revisiter sa propre carrière et mettre en scène des personnages qu’il a rencontré tout au long de sa vie.

Ce n’est pas pour rien que Zach Braff devient le singe volant Finley. La petite handicapée (Joey King), vue dans la première partie du film en noir et blanc, devient elle, cette petite poupée de porcelaine réparable : China Girl.

 

Par ces nouvelles représentations de personnages déjà rencontrés, Raimi ne cherche pas à créer une confusion rêve/réalité, mais plutôt à mettre en évidence un lien entre ce que le personnage principal voit au pays d’Oz et a pu vivre par le passé.

« Le Monde Fantastique d’Oz » n’est donc plus un simple récit initiatique sur la quête d’identité, mais même plutôt la revisite de choses vécues, sublimées par ce que le recul de ces expériences à pu apporter.

 

Ainsi, le magazine MadMovies ne se trompe pas quand il indique que « Le Monde Fantastique d’Oz » est une métaphore de la carrière de Sam Raimi selon le modèle suivant :

 

- Sam Raimi = Le Magicien (James Franco)

- Agent de star = Theodora, sorcière équipe 1 (Mila Kunis)

- Productrice hollywoodienne = Evanora, sorcière équipe 1 (Rachel Weisz)

- Représentante de Disney = Glinda, sorcière équipe 2 (Michelle Williams)

 

L'équipe 1 = Sony Pictures, et l'équipe 2 = Disney.

 

Un magicien prestidigitateur interprété par James Franco (Sam Raimi) est catapulté dans un monde fantastique (Hollywood) où il espère devenir riche (la réussite hollywoodienne) et pourquoi pas Roi (consécration, avec les prix).

Il rencontre une ravissante jeune femme jouée par Mila Kunis (agent) qui espère bien qu’il est le Magicien d’Oz comme l’indique la prophétie (l’agent est faite pour ça).

Elle emmène le magicien (Raimi) à Rachel Weisz (une productrice hollywoodienne) qui lui promet gloire et fortune (le trésor) s’il tue la méchante sorcière (présumée), la ravissante Michelle Williams.

 

C’est là où je vais prendre volontairement de la distance avec ce qu’à écrit le magazine des films de genre.

 

 

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Une magie peut en cacher une autre

 

La sorcière présumée méchante et qui doit être tuée (Sony Pictures qui souhaite tuer Disney, son concurrent direct) est en fait gentille (Disney donne plus de libertés qu’on ne pense) et espère même que le magicien pourra l’aider pour tuer les autres sorcières qui sont en fait méchantes –l’agent va le devenir, après un bourrage de crane par la sorcière-productrice.

 

Si on suit alors le principe évoqué ci-dessus, l’équipe 1 de sorcières (possiblement Sony Pictures, ex-producteurs de Sam Raimi sur la trilogie « Spider-Man ») cherche à terrasser l’équipe 2 (la sorcière en réalité gentille : Disney) en la faisant passer pour la méchante par un jeu de manipulation.

 

Sauf que le magicien d’Oz est quelque peu candide (Sam Raimi et ses rêves de cinéaste) et aspire à plus de reconnaissance.

 

Il va donc aider la sorcière de l'équipe 2 : Michelle Williams / Disney.
Il prépare l'attaque contre l'équipe 1 en rassemblant une famille, une tribu, à priori inoffensive, mais qui lui garantira respect, peut être bien gloire et fortune.

Le parallèle ici est à faire avec les équipes créatrices de Disney, qu’on assimile à enfantines. Par extension, on peut les rapprocher au public familial visé par la major aux grandes oreilles et donc par la production de ce nouveau film pour Sam Raimi.

La famille est une cible à priori inoffensive, et pourtant, c’est celle qui aujourd’hui rapporte le plus d’argent à travers le monde… Réfléchissez-y bien : quels sont les films qui marchent le mieux ?

 

Un énième parallèle peut être fait avec cette sorcière blanche, qui a tout d’une mariée (et qui gagne avec le magicien, une fin pur vieil Hollywood avec ce baiser iconique rappelant « Autant en Emporte le Vent ») : elle peut être assimilée à Gillian Greene, actrice américaine (et donc faisant partie du système) et femme de Sam Raimi à la ville… depuis 1993 !

De quoi la mettre en scène comme un véritable soutien magique ?

 

La fin de l’histoire, quant à elle, est un pur délire de cinéaste.

Sam Raimi invoque Edison et George Méliès au travers de cette invention farfelue qu’est cette fumée blanche, où est projetée le visage du magicien… Oui, pas moins qu’un cinématographe.

 

Le cinéma, dans sa pure essence, vainc les affreuses sorcières de la machine hollywoodienne néfaste et fait briller le Royaume d’Oz de mille feux : Disneyland ou l’œuvre de Raimi ?

 

 

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Manège intemporel

 

Il est difficile de juger ainsi le film sur pièce. Car bien qu’il offre de tels niveaux de lecture, il reste très simpliste.

C’est sûr, on prend dix huit fois son pied dans ces montagnes russes numériques, infiniment plus réussies que la bouille digitale de Burton (« Alice au Pays des Merveilles ») et à la 3D réellement exploitée (les passages d’un format 1,33 noir et blanc à un format Cinémascope procure quelques frissons rappelant l’attraction « Cinémagique » à Disneyland !).

Le voir dans les conditions optimales (projection 4K et son Dolby ATMOS pour ma part) procure un certain plaisir. Et c’est aussi ce que recherche Sam Raimi en réalisant ce film : nous procurer du plaisir, comme sur une montagne russe.

 

A votre avis, pourquoi le film débute dans une fête foraine ?

Il ne faut pas se méprendre. Le Cinéma est aussi un art forain à l’origine…

 

Alors, ce « Monde Fantastique d’Oz » entrera-t-il dans l’Histoire comme l’avait fait « Le Magicien d’Oz » en 1939, ode technique et spectacle à apprécier encore aujourd’hui ?

J’aimerais répondre par la négative, mais cet attachement à l’art que prône Sam Raimi pendant 2h07 me pousse à une grande hésitation…

 

"It's all about Movie Magic."

Continuez donc de rêver les yeux grands ouverts !

 

 

 

 

« Le Monde Fantastique d’Oz » de Sam Raimi.

Avec James Franco, Mila Kunis, Rachel Weisz, Michelle Williams, Zach Braff et Joey King.
Musique de Danny Elfman.

Actuellement au cinéma.

 

William Mondello

 

Crédit photo : The Walt Disney Company

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Mardi 5 mars 2013 2 05 /03 /Mars /2013 18:59
- Par William

Finale ? Que ? Quoi ? Enjoy !

 

affiche Iron Man 3

 

Elle fuitait déjà hier sur le net, la voici aujourd'hui en VOST.

La nouvelle collaboration Shane Black / Robert Downey Jr. après "Kiss Kiss Bang Bang", et accessoirement suite directe de "Avengers" et "Iron Man 2", se pavane.

 

C'est un peu sombre, c'est fun, et ça donne foutrement envie :

 

 

Rappelons que Shane Black est aussi l'instigateur du buddy-movie typique des années 1980, "L'Arme Fatale". Les références ne sont pas forcément évidentes ici, mais il y a comme un parfum d'humour et d'action sous cette vendetta spectaculaire.

 

"Iron Man 3" de Shane Black. Avec Robert Downey Jr., Gwyneth Paltrow, Guy Pearce, Don Cheadle et Ben Kingsley dans le rôle du Mandarin.

Le 24 avril au cinéma.

 

William Mondello

 

Crédit photo : The Walt Disney Company

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Vendredi 22 février 2013 5 22 /02 /Fév /2013 18:48
- Par William

La grande messe arrive : on profite pour faire un petit LiveTweet de la 85e cérémonie... Forcément en direct, et forcément sur Twitter !

 

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Oscars 2013, here we come !

 

Présentés cette année par Seth MacFarlane, les Oscars, 85e édition, consacrera tous les films sortis aux Etats-Unis avant le 31 décembre 2012.

Dans la catégorie meilleur film, on retrouve ainsi : "Happiness Therapy", "Lincoln", "Argo", "Zero Dark Thirty", "L'Odyssée de Pi" ou encore "Amour".

 

Cette nouvelle édition, que l'on pourra suivre en France de 23h à 6h du matin sur Canal+ ce dimanche, sera aussi probablement la cérémonie la plus tweetée de toute l'Histoire.

 

L'occasion unique de se retrouver sur notre compte Twitter (déjà bien alimenté en news, ne le manquez pas) pour cette soirée annuelle, qui je l'espère, vaudra le détour.

Suivez-nous dès maintenant !

 

@wtfcine

 

En attendant, ne manquez pas nos chroniques de :

 

- "Django Unchained" de Quentin Tarantino

(nominé Meilleur film et Meilleur Scénario Original)

 


- "L'Odyssée de Pi" d'Ang Lee

(nominé Meilleur Film, Meilleure Musique, Meilleurs effets spéciaux, Meilleure photographie, Meilleur réalisateur)


- "Les Misérables" de Tom Hopper

(nominé Meilleur Film, Meilleurs Décors, Meilleurs Costumes)


- "Zero Dark Thirty" de Kathryn Bigelow

(nominé Meilleure Actrice Jessica Chastain, Meilleur Film, Meilleur Scénario Adapté)


- "Happiness Therapy" de David O. Russell

(nominé Meilleur film, Meilleur acteur Bradley Cooper, Meilleure Actrice Jennifer Lawrence, Meilleur acteur dans un second rôle Robert De Niro, Meilleur scénario adapté, Meilleur réalisateur)

 

 

A dimanche dès 23h sur Twitter !

 

William Mondello

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Jeudi 21 février 2013 4 21 /02 /Fév /2013 14:41
- Par William

Porté par un genre disparu, le nouveau film de Quentin Tarantino est un grand tournant pour le réalisateur. QT contemple sa propre filmographie et en profite pour se réinventer. Lumières, caméra, flingues, action !

 

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Django Unchained : une évolution peut en cacher une autre 


Cinéaste des huis-clos vengeurs successifs, QT, comme on l’appelle (prononcez « Qiu-Ti ») est aussi celui des mash-ups filmiques.

Admirateur d’un cinéma aujourd’hui disparu, il le relance sans cesse à chacun de ses films, devenus événements depuis sa réussite triomphale « Pulp Fiction » ou son dyptique « Kill Bill ».

Ambassadeur d’une certaine pop-culture, Quentin Tarantino est aussi un scénariste hors pair, écrivain de dialogues savoureux, où chaque réplique est un coup tiré, et créateur de personnages féroces, dont les mimiques sont souvent imitées (!) mais rarement égalées.

 

Aujourd’hui, Quentin Tarantino offre son film de la maturité.

« Django Unchained » marque en effet un tournant.

D’abord en réunissant un casting de haute volée, comprenant les acteurs fétiches Samuel L. Jackson ou Christoph Waltz, mais aussi car il est le premier long-métrage du réalisateur depuis sa première nomination à l’Oscar de cette catégorie pour « Inglourious Basterds », en 2010.

La mauvaise nouvelle, c’est que Tarantino se prend aujourd’hui un peu plus au sérieux et gadgétise moins ses films, les rendant ainsi moins « originaux ».

La bonne nouvelle, c’est qu’on peut aussi s’en réjouir.

Enormément.

 

Explications, et avec des spoilers s’il vous plait (allez donc voir le film !).

 

 

 

 

La Référence Tarantino : de la blaxploitation au western spaghetti

 

Film le plus académique de la filmographie de Quentin Tarantino, devenu l’enfant pas sage d’Hollywood, « Django Unchained » est aussi probablement sa meilleure contribution depuis longtemps (ça c’était pour la subjectivité introductive, attachez vos ceintures).

 

Académique, classique, certes, « Django » reste aussi un mash-up. La différence étant que QT le prend différemment.

Il en profite pour prendre de la distance avec ce qu’il a déjà fait et même pour se réinventer subtilement.

 

Quentin Tarantino, metteur en scène de la référence, a toujours cherché à reproduire, singer ou rendre hommage à ce cinéma qu’il adore tant. Un cinéma de genre, longtemps conspué, et remis en selle grâce à une aura nostalgique. Un cinéma qui se distingue par une réplique flinguée, un personnage haut en couleurs ou une séquence grave détournée, ironisée.

« Django Unchained » mêle ainsi, d’une part, le cinéma de la blaxploitation, correspondant à un segment de l’exploitation cinématographique américaine, dédiée aux noirs américains, qui mettait en scène des héros « blacks » dans du cinéma populaire, à défaut de pouvoir le faire dans le cinéma mainstream hollywoodien, détenus par les blancs. Héritier des relents du racisme des années 1950/1960, la blaxploitation, vogue ou courant devenu genre à part entière dans les années 1970, a enfanté quelques perles cultes  comme « Shaft », adulé par toute une génération et notamment QT.

D’autre part, « Django », qui doit aussi son titre à un classique italien, prend racine dans le genre de western spaghetti, qu’on ne présente plus, porté par une Italie cinéaste réinventant un genre à bout de souffle dans les années 1960.

Impossible de ne pas citer « Pour une poignée de Dollars de Plus », « Le Bon, la Brute et le Truand », « Il était une fois dans l’Ouest » pour Sergio Leone, ou, pour Sergio Corbucci, « Le Grand Silence » et… « Django ».

 

Référencé et référentiel, « Django Unchained » est également une fresque quasi chevaleresque, où le personnage principal est à la poursuite d’un amour perdu. « Django » est d’ailleurs le film le plus sensible du réalisateur.

Sensible car jouant en permanence sur la corde de l’émotion avec ce personnage poursuivant la trace de sa dulcinée perdue.

Sensible, car politiquement, le film attaque de toute part.

 

Politiquement… incorrect, comme toujours chez QT, ce nouveau long-métrage détourne les pires heures de l’Histoire américaine, comme il avait déjà tenté de le faire dans « Inglourious Basterds », plus fun dans son traitement, et beaucoup moins adulte dans le ton (on sent un Tarantino nominé aux Oscars, qui commence presque à se prendre au sérieux : et tant mieux !).

 

Ainsi, moins de tics de réalisation, moins d’effets de montage kitschs qui contribuaient à son « style ».

Tarantino abandonne même sa narration dispersée en chapitre pour un récit cette fois bien plus linéaire, et beaucoup plus accessible. C’est l’occasion pour lui de se concentrer sur la base même de son style de réalisation, sur la cinématographie de son film, et sur ces deux personnages principaux, dont  l’un fini même par prendre le pas sur l’autre.

 

Mais finalement, lequel des deux ?

 

 

 

L’évolution des personnages est la clé d’un film

 

QT met en scène une nouvelle forme d’héroïsme.

Dans les pires situations de la condition humaine, il injecte une essence « cool », avec l’intrigue vengeresse qui lui sert à chaque fois de leitmotiv, pour donner sens spectaculaire à l’horreur qu’il va filmer.

 

On ne peut pas vraiment dire à première vue que QT est un grand représentant de la sensibilité au cinéma, et encore moins de l’émotion. Pourtant, dans son dernier film, le réalisateur américain va se servir de ces deux personnages principaux, pour constater l’abomination d’une époque, et chose déjà inédite, la dénoncer.

Mieux, il va se servir d’un personnage, ici interprété par Christoph Waltz, pour consacrer une évolution.

 

L’intrigue débute quelque part dans cet Ouest romancé, sur une musique rappelant les collaborations Sergio Leone / Ennio Morricone, qui a d’ailleurs écrit la chanson « Ancora Qui ? » pour le film.

Django, esclave de son temps, tabassé et appelé « nigger », est libéré par un homme à l’égo surdimensionné lors d’une scène d’ouverture de passe-passe dont seul Tarantino scénariste a le secret. Ce « dentiste allemand » est sans le savoir un homme moderne par les idées progressistes, mais absent de toute action contre l’abjection présentée dès la séquence d’ouverture.

 

Tout au long du film, Tarantino va petit à petit amener ce personnage, à priori secondaire, à se questionner. A réagir contre le scandale montré à chaque minute (les nombreux « nigger », si critiqués, utiles au film et son message).

Il fait du personnage de Django (interprété par Jamie Foxx), un être impassible, froid pendant la quasi intégralité du long métrage, pour dessiner l’archétype d’un tueur attendant non plus simple vengeance, mais amour retrouvé. Quelque part, c’est même se demander si Django est le personnage le plus impuissant du long métrage, tant il ne peut rien contre ce système repoussant.

Un personnage principal occulté au profit d’un autre car celui qui peut encore se révolter, c’est le personnage de l’incroyable Christoph Waltz : le Dr. King Schultz.

 

Ego blessé en fin de long-métrage par le sourire narquois d’un Leonardo Dicaprio brillant, Waltz va illuminer celui qu’il interprète, dans un éclair de lucidité, symbolisé par un effet de montage vif (le flashback de la mort de l’esclave, dévoré par les chiens). Son personnage aura alors subi une longue évolution, sublimée par cette fleur sanglante sur le buste de celui qu’il assassine.

 

KING SCHULTZ

I’m sorry, I couldn’t resist.

(je suis désolé, je n’ai pas pu résister)

 

C’est justement cette résistance qui éclate lors de la dernière scène de ce personnage, penchant positif du Colonel Hans Landa dans « Inglourious Basterds ».

Malin, le personnage de Christoph Waltz, qui ne vole pas ses prix d’interprétations, est un peu l’ambassadeur de la filmographie du cinéaste qui le met en scène. Un égo parfois plombé, cultivé, expansif, et qui ne peut s’empêcher de flinguer ceux qui nuisent à sa liberté (QT contre Hollywood ?).

 

Une liberté alors complètement acquise par le personnage de Jamie Foxx, à ce moment du long-métrage, et donc prêt à son tour à une grande évolution en guise d’épilogue.

 

 

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Cool guys look at explosions

 

Car même si Tarantino a abandonné le système de chapitrage pour cette nouvelle œuvre, le réalisateur américain prend soin des personnages et les laisse vivre, soigneusement, tour à tour.

Les séquences se déroulent à chaque fois en huis-clos, avec une unité de lieu et de temps (la cave dans « Inglourious Basterds », le hangar de « Reservoir Dogs », la voiture de « Pulp Fiction »).

 

L’envol du personnage de Jamie Foxx a ainsi lieu à la mort de son compère et mentor.

L’alchimie entre les deux ayant disparue, la quête vengeresse reprend le dessus sur tout. Tarantino refait de Django de nouveau un personnage déterminé, mais cette fois-ci doublement : libérer l’amour perdu et venger celui qui l’a formé aux armes et défendu.

 

Le cinéaste gonfle sa réalisation à la testostérone, se permettant même d’apparaître dans le récit (un caméo !), et confronte celui qui était normalement son personnage principal mais qui s’est fait voler la vedette, à de nombreuses explosions.

 

Une explosion scénaristique tout d’abord, où Django flingue verbalement le moindre de ses assaillants.

Une explosion physique, où le héros, comme rarement, contemple son œuvre au lieu de la laisser derrière soi (Tarantino est-il ce Django Déchainé contemplant sa propre cinématographie en tant que référence ?).

Enfin, et surtout d’une manière tout à fait inédite pour le cinéaste : une explosion sentimentale, pour ne pas dire poétique.

Explosion où Django retrouve sa tendre et passionnée, le long de plans équivoques, rappelant un cinéma d’antan, simplement mémorables, et tout simplement beaux.

Je pense particulièrement à ces ombres projetées d’un couple qui s’embrasse.

 

C’est maintenant se demander si cette dernière explosion ne marque pas plutôt l’évolution d’un cinéaste. Un vrai.

 

« Django Unchained » de Quentin Tarantino.

Avec Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo Dicaprio, et Samuel L. Jackson.

Actuellement au cinéma.

 

William Mondello

 

Crédit photo : Sony Pictures

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Dimanche 17 février 2013 7 17 /02 /Fév /2013 21:41
- Par William

Perfectible, le nouveau film de Tom Hopper se base sur une comédie musicale unique en son genre. Pour avoir vu ce chef d’œuvre à Londres, vu la frustration que le film provoque, a-t-il eu raison ?

 

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Les Misérables : j’ai rêvé un rêve

 

Je l'attendais de pied ferme.

De la séquence la plus modeste au chant le plus épique, l’adaptation cinématographique de la comédie musicale de tous les records « Les  Misérables » (toujours jouée à Londres, depuis 1985), elle-même adaptation du chef d’œuvre de Victor Hugo, dépeint le romantisme de cette fresque.

Hugo était déjà lyrique dans son écriture, poète dans son message, et presque naïf dans certains de ses personnages divins.

Le chant, et plus précisément la comédie musicale, genre ô combien blâmé en France, par ses traits tirés, son sens du spectacle et sa beauté innée était le support idéal pour retranscrire l’émotion d’une telle œuvre.

 

Alors pourquoi pas au cinéma ?

 

Hugh Jackman, Anne Hathaway, Amanda Seyfried Samantha Barks, Sacha Baron Cohen, Helena Bonham Carter, Eddie Redmayne et même Russel Crowe alternent chants d’une puissance incroyable, quelques maladresses mais une infinie sincérité tant « Les Misérables » la comédie musicale est devenue une institution  dans le monde du spectacle anglo-saxon…

Institution hélas oubliée par la France, terre d’accueil d’un certain (et historiquement de mépris envers) Victor Hugo, et terre de création… de la comédie musicale aujourd’hui si décriée.

 

Laissons nous porter l’espace d’une chanson-exemple, voulez-vous !

 

Confrontation.

Musique épique.

Explications.

Emotions.

 

Musique maestro !

 

  

« I Dreamed a Dream »

 

La caméra se fige.

L’orchestre se calme.

La lumière se pose.

 

Elle chuchote.

 

Et la voix d’Anne Hathaway s’empare petit à petit de la salle.

 

Il fut un temps révolu où une douce chanson pouvait être prise pour ce qu’elle était. Le long-métrage assume, lui, ce qu’il est à ce moment précis. Il invite le spectateur au décollage.

 

Une ligne, chantonnée sans musique et cette dernière arrive promptement.

 

La douceur de cette voix maternelle, de cette mère incarnée réconforte le public présent ce soir dans une salle de cinéma. L’empathie est à son maximum pour ce personnage devenu archétype : Fantine.

 

La séquence démarre sur une retenue. Après des séquences mouvementées, à grands nombres de personnages, après cette grande tempête, le calme.

Nous voilà en tête à tête avec la sublime comédienne américaine.

 

Hathaway va réinterpréter cette chanson peu commune. Celle la même qui résume toute une condition. Qui a fait gagner Susan Boyle à l’émission « Incroyable Talent » britannique. Cette chanson qu’Alain Boublil et  Claude-Michel Schoenberg écrivirent autour d’une émotion. Pour la comédie musicale, originellement française, il fallait se concentrer sur le romantisme du roman de Victor Hugo. Sur la poésie des sens. Sur les émotions.

Celles ressenties lors de la lecture du chef d’œuvre de Victor Hugo.

Quand Hugo eut à définir le personnage de Fantine, il en fit ce symbole d’injustice sociale. De Cosette, par extension, il en fit cet enfant de l’enfant à protéger.

 

Ce soir,  pour cette énième Fantine qui succède à de nombreuses autres qui eurent à jouer devant des millions de spectateurs de théâtre depuis 1985 à Londres, Broadway ou ailleurs (jusqu’au Japon), le challenge est différent.

Ce solo sera toujours aussi grand ; mais comme nous sommes au cinéma, l’insistance se fera sur l’interprétation non plus de la voix, mais bien sur celle du regard.

 

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« Stars »

 

Tom Hopper, réalisateur oscarisé du « Discours d’un Roi » a pris soin de faire la différence entre œuvre musicale, presque d’opérette, et œuvre cinématographique. En marquant cette différence, tout en étant fidèle à l’adaptation musicale du chef d’œuvre de Hugo, originellement jouée au Palais des Sports en 1980, le réalisateur britannique a pris un risque : créer un film hybride, complètement chanté, doux et irréel comme la comédie musicale toujours à vivre à Londres, mais également sale et quasi-réaliste comme n’importe quelle autre film sortant aujourd’hui.

Ce parti pris, pas toujours en adéquation avec la direction artistique, qui elle, a pris la décision d’assumer totalement le côté théâtral de cette adaptation unique, est discutable. Mais sur de nombreuses séquences, cette direction entreprise permet une émotion totalement palpable. Une justesse.

 

Une justesse, ici, de la comédienne qui est sans pareil. Du premier couplet au premier refrain, celle qui avait incarné Catwoman dans « The Dark Knight Rises » souffle le public.

A chaque poussée, chaque air entonné, elle cloue.

 

Une chanson unique, qui va lui sert à exprimer cette infinie tristesse, dansant entre la mélancolie, la nostalgie d’une époque révolue et d’un désespoir profond.

 

Dans la pièce originale, Fantine est face au public, éclairée par une lumière blanche presque aveuglante ; la voulant quasi divine tant cette chanson est aujourd’hui mondialement reconnue.

 

Hopper brise alors cette divination pour son adaptation cinématographique, perçant l’émotion dégagée par sa comédienne, via un plan séquence (en une seule prise), et approchant presque les « basics » de la comédie musicale.

Il colle à l’émotion, au ressentiment du personnage de Fantine pour assurer une empathie passionnelle avec le spectateur et son personnage. Il vide la séquence de tout ce qui aurait pu nous parasiter et concentre tout sur la seule et unique Anne Hathaway.

 

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« One day more »

 

Séquence pivot du film, « I dreamed a dream » éclate toutes les prédictions. Certes, jamais nous ne serons autant dans le bain que lors d’un spectacle vivant ; mais la sincérité de cette séquence (les détracteurs y verront du fil blanc) est telle, l’interprétation est telle, qu’elle vous soufflera.

Car cette chanson a ce mérite de porter plusieurs émotions. Plusieurs fluctuations. Et Hathaway porte toute cette évolution aussi bien sur sa voix, que son regard sans équivalent, elle qui hypnotise tant avec ces grands yeux marrons.

 

Note après note, Anne Hathaway élève sa voix et pose ce regard dans le vide. Le plus sombre des décors du film.

La colère gagne.

L’espoir revient peut être. D’une ligne à l’autre. Mais replonge « There are dreams that cannot be ».

 

La comédienne explose en sanglot, panique, hurle.

 

Elle se reprend finalement… Pour énoncer un désespoir immense.

« Life has killed the dream I dreamed. » (la vie a tué le rêve que je rêvais)

 

Celui de voir un public comprendre l’essence de toute une œuvre ?

 

 

« Les Misérables » de Tom Hopper.

Avec Hugh Jackman, Russel Crowe Anne Hathaway, Amanda Seyfried Samantha Barks, Sacha Baron Cohen, Helena Bonham Carter, Eddie Redmayne.

Actuellement au cinéma.

 

« Les Misérables », le spectacle musical, au Queen’s Theatre de Londres.

Actuellement.

 

 

William Mondello

 

Crédit photo : Universal Pictures

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