La mode est aux contes revisités. Rien que ce mois-ci, nous en aurons trois ! Mais que donne le film du réalisateur de « Spider-Man » ? Un conte personnel !
Le Monde Fantastique d’Oz :
l’histoire cachée d’un magicien grand et puissant
Dans les années 1990, je découvrais lors d’un après-midi de jour férié un monument du Cinéma, mais ça, je ne le savais pas encore du haut de mes six ans.
Passé du noir et blanc à la couleur, venant tout droit du Kansas, Dorothy ne le savait pas plus, et pourtant, elle était l’ambassadrice d’une magie intemporelle qui allait toucher plusieurs générations.
« Le Magicien d’Oz » de Victor Fleming a su se faire une place dans le cœur de nombreux cinéastes au fil des années.
L’un d’eux : Sam Raimi.
Grand cinéphile, il fut, à l’image de Dorothy ; un ambassadeur d’une autre magie dans les années 1980, à l’hémoglobine plus poussée : le genre horrifique fantastique brillait de mille feux à ce moment là. « Evil Dead », ce pur OVNI cinématographique, scella ainsi la carrière du réalisateur.
Une quinzaine d’années plus tard, Sony Pictures choisissait son goût pour le désuet charmant pour l’adaptation de « Spider-Man ».
Après trois réussites artistiques et commerciales (plus discutable pour « Spider-Man 3 »), Sam Raimi fut remercié.
Le cas « Spider-Man 4 » est presque un cas d’école : pré-production houleuse, différends artistiques, ambitions financières démesurées pour chacune des parties (production, réalisateur, acteurs). Bref, ce quatrième épisode des aventures de Peter Parker ne pouvait plus se faire avec Sam Raimi.
Sony Pictures claque ainsi la porte au réalisateur américain et le met définitivement dehors pour rebooter (un peu trop vite à mon goût) la saga « Spider-Man » afin d’en conserver les droits (« The Amazing Spider-Man », cette grande réussite).
Après un « Jusqu’en Enfer » personnel, Sam Raimi est repêché par Disney et envoyé sur le champ de bataille.
« Alice au Pays des Merveilles », conte 3D revisité par Tim Burton (et discutable), a amassé plus d’un milliard de dollars de recettes à travers le monde en surfant sur la vague « Avatar », sorti 3 mois plus tôt.
Convaincus de tenir là un réceptacle à dollars, Disney relance l’opération : conte revisité, réalisateur reconnu et admiré, production surpuissante (remarquez toutes les productions semblables ces temps-ci : « Hansel & Gretel », « Jack le Chasseur de Géants »).
Joe Roth, ex-Président des Studios Disney dans les années 1990, revient à la production après « Alice » et « Blanche-Neige et le Chasseur », dévolu à Universal Pictures, pour mettre en boite ce nouveau succès.
Alors ? Boite à idées ou opportunisme en boite ?
Ce « Oz, The Great and Powerful » n’est sans doute pas le film de l’année, mais a plus d’un tour dans son sac !
Brève analyse et seconde lecture à venir !
Attention, c’est truffé de spoilers (si vous n’avez pas vu le film et ne voulez pas en savoir plus, PARTEZ !).
« I don’t want to be a good man.
I want to be a great one ! »
Le film commence ainsi dans un tourbillon.
Passé le château logo de Disney, nous entrons dans un tourbillon d’idées, de « trucs » à rappeler le théâtre-studio de George Méliès, qui utilisait la profondeur de champs pour glisser des objets fantastiques.
Et c’est un peu l’image que souhaite donner Raimi à son film.
Les effets spéciaux prennent tout leur relief grâce à la 3D, le scénario accumule les petites idées fantastiques pour étonner son spectateur, et Sam Raimi doit donc passer par le château de Cendrillon (allégorie de Disney) pour réaliser un rêve de gosse.
OZ
I don’t want to be a good man. I want to be a great one !
(je ne veux pas être un homme brave, je veux être un grand homme !)
Un rêve qui l’oblige à revisiter sa propre carrière et mettre en scène des personnages qu’il a rencontré tout au long de sa vie.
Ce n’est pas pour rien que Zach Braff devient le singe volant Finley. La petite handicapée (Joey King), vue dans la première partie du film en noir et blanc, devient elle, cette petite poupée de porcelaine réparable : China Girl.
Par ces nouvelles représentations de personnages déjà rencontrés, Raimi ne cherche pas à créer une confusion rêve/réalité, mais plutôt à mettre en évidence un lien entre ce que le personnage principal voit au pays d’Oz et a pu vivre par le passé.
« Le Monde Fantastique d’Oz » n’est donc plus un simple récit initiatique sur la quête d’identité, mais même plutôt la revisite de choses vécues, sublimées par ce que le recul de ces expériences à pu apporter.
Ainsi, le magazine MadMovies ne se trompe pas quand il indique que « Le Monde Fantastique d’Oz » est une métaphore de la carrière de Sam Raimi selon le modèle suivant :
- Sam Raimi = Le Magicien (James Franco)
- Agent de star = Theodora, sorcière équipe 1 (Mila Kunis)
- Productrice hollywoodienne = Evanora, sorcière équipe 1 (Rachel Weisz)
- Représentante de Disney = Glinda, sorcière équipe 2 (Michelle Williams)
L'équipe 1 = Sony Pictures, et l'équipe 2 = Disney.
Un magicien prestidigitateur interprété par James Franco (Sam Raimi) est catapulté dans un monde fantastique (Hollywood) où il espère devenir riche (la réussite hollywoodienne) et pourquoi pas Roi (consécration, avec les prix).
Il rencontre une ravissante jeune femme jouée par Mila Kunis (agent) qui espère bien qu’il est le Magicien d’Oz comme l’indique la prophétie (l’agent est faite pour ça).
Elle emmène le magicien (Raimi) à Rachel Weisz (une productrice hollywoodienne) qui lui promet gloire et fortune (le trésor) s’il tue la méchante sorcière (présumée), la ravissante Michelle Williams.
C’est là où je vais prendre volontairement de la distance avec ce qu’à écrit le magazine des films de genre.
Une magie peut en cacher une autre
La sorcière présumée méchante et qui doit être tuée (Sony Pictures qui souhaite tuer Disney, son concurrent direct) est en fait gentille (Disney donne plus de libertés qu’on ne pense) et espère même que le magicien pourra l’aider pour tuer les autres sorcières qui sont en fait méchantes –l’agent va le devenir, après un bourrage de crane par la sorcière-productrice.
Si on suit alors le principe évoqué ci-dessus, l’équipe 1 de sorcières (possiblement Sony Pictures, ex-producteurs de Sam Raimi sur la trilogie « Spider-Man ») cherche à terrasser l’équipe 2 (la sorcière en réalité gentille : Disney) en la faisant passer pour la méchante par un jeu de manipulation.
Sauf que le magicien d’Oz est quelque peu candide (Sam Raimi et ses rêves de cinéaste) et aspire à plus de reconnaissance.
Il va donc aider la sorcière de l'équipe 2 : Michelle Williams / Disney.
Il prépare l'attaque contre l'équipe 1 en rassemblant une famille, une tribu, à priori inoffensive, mais qui lui garantira respect, peut être bien gloire et fortune.
Le parallèle ici est à faire avec les équipes créatrices de Disney, qu’on assimile à enfantines. Par extension, on peut les rapprocher au public familial visé par la major aux grandes oreilles et donc par la production de ce nouveau film pour Sam Raimi.
La famille est une cible à priori inoffensive, et pourtant, c’est celle qui aujourd’hui rapporte le plus d’argent à travers le monde… Réfléchissez-y bien : quels sont les films qui marchent le mieux ?
Un énième parallèle peut être fait avec cette sorcière blanche, qui a tout d’une mariée (et qui gagne avec le magicien, une fin pur vieil Hollywood avec ce baiser iconique rappelant « Autant en Emporte le Vent ») : elle peut être assimilée à Gillian Greene, actrice américaine (et donc faisant partie du système) et femme de Sam Raimi à la ville… depuis 1993 !
De quoi la mettre en scène comme un véritable soutien magique ?
La fin de l’histoire, quant à elle, est un pur délire de cinéaste.
Sam Raimi invoque Edison et George Méliès au travers de cette invention farfelue qu’est cette fumée blanche, où est projetée le visage du magicien… Oui, pas moins qu’un cinématographe.
Le cinéma, dans sa pure essence, vainc les affreuses sorcières de la machine hollywoodienne néfaste et fait briller le Royaume d’Oz de mille feux : Disneyland ou l’œuvre de Raimi ?
Manège intemporel
Il est difficile de juger ainsi le film sur pièce. Car bien qu’il offre de tels niveaux de lecture, il reste très simpliste.
C’est sûr, on prend dix huit fois son pied dans ces montagnes russes numériques, infiniment plus réussies que la bouille digitale de Burton (« Alice au Pays des Merveilles ») et à la 3D réellement exploitée (les passages d’un format 1,33 noir et blanc à un format Cinémascope procure quelques frissons rappelant l’attraction « Cinémagique » à Disneyland !).
Le voir dans les conditions optimales (projection 4K et son Dolby ATMOS pour ma part) procure un certain plaisir. Et c’est aussi ce que recherche Sam Raimi en réalisant ce film : nous procurer du plaisir, comme sur une montagne russe.
A votre avis, pourquoi le film débute dans une fête foraine ?
Il ne faut pas se méprendre. Le Cinéma est aussi un art forain à l’origine…
Alors, ce « Monde Fantastique d’Oz » entrera-t-il dans l’Histoire comme l’avait fait « Le Magicien d’Oz » en 1939, ode technique et spectacle à apprécier encore aujourd’hui ?
J’aimerais répondre par la négative, mais cet attachement à l’art que prône Sam Raimi pendant 2h07 me pousse à une grande hésitation…
"It's all about Movie Magic."
Continuez donc de rêver les yeux grands ouverts !
« Le Monde Fantastique d’Oz » de Sam Raimi.
Avec James Franco, Mila Kunis, Rachel Weisz, Michelle Williams, Zach Braff et Joey King.
Musique de Danny Elfman.
Actuellement au cinéma.
William Mondello
Crédit photo : The Walt Disney Company












