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Cinéma : Analyses & Critiques

Samedi 27 avril 2013 6 27 /04 /Avr /2013 12:58
- Par William

Alors ce saut spatial dans les ténèbres ? "To Boldly Go" ou plutôt "Home Sweet Home" ?

Présenté par  logo

 

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Star Trek Into Darkness :

huis-clos familial dans l’espace

 

Sorti en 2009, « Star Trek » de JJ Abrams avait fait grand bruit.

 

Trahison pour les trekkies purs ou véritable spectacle jouissif et humain pour une plus large partie du public, ce dernier épisode de la franchise « Star Trek », créée une cinquantaine d’année plus tôt à la télévision pour Gene Roddenberry, repartait à zéro : exit la nouvelle génération, au revoir discours scientifique authentique et bonjour rythme effréné, personnages davantage clichés et divertissement hollywoodien moderne.

 

La formule pop-corn avait bien prise du fait de ses équipes créatives, mais JJ Abrams peut-il réitérer un tel exploit pour cette suite prévue pour le 12 juin en France ?

 

En attendant « Star Wars Episode VII », saga concurrente mais différente (à quel point ?), « Star Trek Into Darkness » tient-il toutes ses promesses ?

 

 

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Voyage stellaire dans les Ténèbres

 

Difficile de ne pas frissonner avec l’apparition sonore de ces cuivres, jouant ce motif en solo comme dans le premier film.

 

Le reboot de la franchise « Star Trek » en 2009 avait déjà été l’établissement d’une invention. Ou plutôt d’une réinvention.

 

D’une série télé et une série de films qui, avec le temps, avaient fini par prendre la poussière malgré tout ce qu’on pouvait en dire. A force, « Star Trek » avait mis de côté le grand public (notamment européen) et partait toujours plus loin aux confins de l’univers avec un équipage (nous) qui se réduisait d’année en année.

Mais à l’arrivée de JJ Abrams et ses équipes de Bad Robot dans l’Enterprise, le voyage devenait alors plus punchy, moins cérébral (hélas ?), plus dans l’action pure et le rythme effréné d’un épisode de série ne durant que 40 minutes (le triple pour le premier film).

De ce souvenir cinématographique, donc, subsiste un effet « série télé » : des personnages forts, creusés, définis précisément à partir de vastes clichés. Un peu comme dans l’excellente série « Lost » créée alors 5 ans plus tôt par le nouveau maître du divertissement. « Star Trek » onzième du nom, ou plutôt, nouveau premier du nom faisait un « back to basics », aujourd’hui à la mode un peu partout.

Revenir aux bases : les personnages. L’histoire. L’univers.

Faisant table rase sur un intelligent twist incorporant la timeline de l’ancienne franchise, JJ Abrams rebootait au sens propre la franchise « Star Trek ».

 

« Star Trek » repartait vers ces mondes inexplorés, en dépassant de nouveau l’ultime frontière, avec une énergie folle et optimiste, comme la série de Gene Roddenberry, sortie en pleine Guerre Froide pour illuminer l’imagination de millions de rêveurs et alors admirateurs de la course vers l’espace.

Ce dernier film boursoufflait presque les rapports d’un équipage haut en couleur, où chacun avait sa place, et où une cohésion et une énergie transpirait à chaque plan.

 

JJ Abrams insufflait une émotion supplémentaire en incorporant ses thèmes forts personnels proches de Spielberg : l’importance de la famille, l’ombre du père, la détermination de la poursuite des rêves, et la notion de destin.

 

Dans « Star Trek Into Darkness », suite du film de 2009, Abrams repart à l’abordage sur les mêmes notes que Michael Giacchino. Mais dès le départ, en plongeant d’autant plus dans l’action, sur un zoom frénétique et intuitivement moderne.

Les attentes sont énormes. Paramount n’a fait qu’exposer pendant des mois un penchant « The Dark Knight » pour sa nouvelle franchise étalon. Le film de Christopher Nolan de 2008 a clairement marqué les esprits et le tout Hollywood s’empresse de réitérer un tel exploit commercial, artistique, et public.

 

Seulement, est-ce que « Star Trek Into Darkness » se prête à une pareille ré-ré-réinvention ?

 

La séquence d’ouverture est en cela impressionnante. Mêlant phase d’exploration d’un nouveau monde, rappelant la série télévisée des années 1960, et action purement moderne, elle expose les personnages à la fin d’un troisième acte d’un autre film qu’on n’aurait alors pas encore vu. Un peu à la façon d’un « Aventuriers de l’Arche Perdue » ou d’un « Indiana Jones et le Temple Maudit », jadis réinventeur d’un tel principe scénaristique (merci à Lawrence Kasdan, futur collaborateur de JJ Abrams, mais nous y reviendront).

Les personnages sont réexposés à tous ceux qui aimeraient les découvrir pour la première fois.

Chacun a son rôle dans un quasi cliché, mais tous les comédiens se dépassent pour le transcender en même temps qu’Abrams joue avec sa mise en scène : McCoy (Karl Urban) grogne. Uhura (Zoe Saldana) sensualise ses passages. Scotty (Simon Pegg) hurle avec son accent unique. Spock (Zachary Quinto) raisonne mathématiquement en ne prenant pas le soin de parler avec son cœur au moment venu.

Et Kirk (Chris Pine) désobéi et ne tire plus seulement la couverture sur lui mais plutôt sur tout l’équipage : sa vraie famille.

 

Et c’est le thème clair de cet épisode : jusqu’à quel point iriez-vous pour protéger votre famille ?

 

 

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Huis-clos familial

 

Lors de la séquence suivante, quasiment muette et seulement portée par la musique de Michael Giacchino (un peu comme la fin de certains épisodes de « Lost »), Abrams présente l’enjeu de cet épisode.

Un problème, vital.

Une famille, déchirée.

Un deal, malheureux.

Une fin, heureuse.

Et un méchant, déterminé : Benedict Cumberbatch, dont le seul regard sur un seul et unique plan fixe d’une poignée de secondes le définit pour tout le reste du film !

 

Cette séquence va alors servir de base à tout le film car un tel enjeu va être amené à être répété de façon monumentale pendant près d’une heure et demie. Jusqu’à quel point Jim Kirk, orphelin dans cet univers, peut-il compter sur sa famille, pourquoi, et comment.

Et que peut-il faire pour la protéger ?

 

Cette focalisation sur le personnage de Kirk et ses acolytes Spock, Uhura, McCoy et Scotty est alors presque regrettable : quid de Sulu et Chekov amenés au second plan ? La cohésion de l’équipe survolée dans « Star Trek » disparaît au profit d’une simple confirmation, amenée elle par une étonnante proximité…

 

C’est là que la réalisation de JJ Abrams devient intéressante. Car elle n’est plus seulement pensée pour le spectacle, le rythme (dont on pourra discuter sur la première heure du film), mais est définie par l’histoire même du long-métrage et les questions qu’elle aborde.

Abrams insiste donc sur les gros plans et dégaine même un cadrage ahurissant en plein milieu du film, spectaculaire… émotionnellement.

 

Ainsi, de la fin de ces deux séquences d’ouverture au climax, JJ Abrams se sert de ses plateaux pour enfermer ses personnages en quasi non-stop.

 

La tension montante, le ton de cet épisode chercher à froncer les yeux et à ne jamais sortir d’un cockpit, d’un vaisseau, d’un pièce, et la moindre sortie dans l’espace est prétexte à enfermer des personnages dans des combinaisons étouffantes (logique me direz-vous).  Mais des combinaisons qui protègent du danger qui est extérieur.

 

Abrams renforce l’idée de cocon familial, ou d’un proche qu’on serre fort pour ne pas le laisser disparaître.

Le vaisseau USS Enterprise devient donc une maison. Une « Home » en anglais, confronté à une autre, cinq fois plus grande, et prête à avaler quiconque passera au travers de son passage.

 

Car le mot « Home » en anglais comporte un double sens qui ici prend tout son sens. « Home » sous entend « famille », et c’est exactement la dualité qui est exposée au fil de cet épisode spécial. Une maison contre une autre. Une famille contre une autre.

Une dualité qui représente aussi deux choix possible : celui de la raison et du cœur.

 

Un choix que le Némésis de cet épisode aura déjà fait, emporté dans sa tristesse d’avoir  déjà perdu sa famille ; soit le parfait antagoniste de Kirk d’alors, déjà orphelin, et dont le seul réconfort est d’être emmitouflé avec la sienne dans sa « Home », qu’il doit protéger, en chef de clan qu’il est (Capitaine), contre l’autre.

 

Une « Home » des ténèbres menaçante, prête à s’écraser, avec tout le poids effroyable qu’elle comporte : de la culpabilité au sentiment déréglementé de vengeance.

Et une « Home » à protéger, pourtant prête à s’écrouler à tout moment, notamment sur l’autre « Home » de nos héros : la Terre.

 

Les scénaristes Alex Kurtzman, Roberto Orci et Damon Lindelof représentent d'ailleurs ce combat, ce duel par le danger de la destabilisation des montures (les vaisseaux) de chaque famille. Le danger est de fait la mise à terre (le syndrome de la chute) par son ennemi au travers d'un balet de menaces explosives.

 

Ces menaces, ces tensions et cette volonté d’enfermer les personnages rendent le film étouffant et lui permet de densifier à chaque fois un peu plus ses séquences d’action-aventure, toujours plus spectaculaire et dont chaque effet spécial, visuel et sonore (merci Ben Burtt) est un régal pour tout cinéphile qui se respecte.

Des séquences pourtant à l’air libre, mais dont chaque issue est d’enfermer le personnage qui s’en sort dans une nouvelle prison, ou plutôt, une nouvelle unité de lieu.

 

 

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Unité d’une équipe, unité de lieu, unité de temps

 

Et c’est une des nouveautés de cet épisode.

Contrairement au précédent, qui faisait des sauts dans le temps assez large et dont l’action principale se déroulait à plusieurs endroits sur plusieurs jours, « Star Trek Into Darkness » s’aventure que dans de rares lieux différents, la plupart du temps, restant les occupants de l’Enterprise restant enfermés dans le vaisseau pour n’en sortir qu’en cas d’extrême besoin (quand ils ne sont pas eux-mêmes catapultés suite à une explosion).

 

Plus encore, « Into Darkness » privilégie l’action non pas en multipliant les séquences spectaculaire, mais plutôt en jouant la carte John « Die Hard » McTiernan de l’unité de temps : le récit se déroule ainsi sur un seul jour (ou deux).

 

Cette frénésie temporelle emporte alors le film sur un rythme efficace mais perturbant, et qui efface malheureusement certains personnages au profit d’un tout action et d’une focalisation sur les personnages cités précédemment.

 

Un rythme, sans cesse relancé par de nouveaux mini-enjeux digne d’une sérié télévisée, dont l’un des plus inventifs découle du précédent épisode ; à savoir SPOILERS SPOILERS SPOILERS l’existence d’un deuxième Spock plus âgé, venu de l’univers parallèle, et dont la connaissance des événements précédents rendra le climat encore plus oppressant.

 

FIN DU SPOILER

 

C’est peut-être là que le bas blesse et cette suite de « Star Trek » est peut être moins punchy.

Car là où le premier épisode était un condensé de plusieurs épisodes de vies des personnages, celui-ci se présente davantage comme un super épisode aux mises plus limitées, et appelant donc moins à une suite substantielle.

Une chose loin d’être désagréable, mais qui laisse une impression paradoxale de produit non fini, qui nous laisse sur notre faim (en cela nous remercierons Paramount d’avoir montré tout le matériel spectaculaire dans les bandes-annonces).

 

L’unité de l’équipe est mise à mal car c’est le chef de famille qui est ici remis en question, sur une unité de temps et une unité de lieu.

« Star Trek Into Darkness » peut ainsi aussi être vu comme un film sur l’unité et dont le cœur, le véritable climax, n’est pas l’action mais plutôt bien l’émotion.

 

Restent en tête ces incroyables images dont seul JJ Abrams a le secret et dont clairement, la véritable force est la caractérisation des personnages et leur humanisation au milieu de cette débauche d’effets spéciaux, tous aussi incroyables les uns que les autres et à voir uniquement sur Grand Ecran.

 

De quoi être rassuré sur le lancement d’un nouveau voyage dans une galaxie lointaine, très lointaine ?

Que la Force soit avec lui !

 

 

 

Master Class de JJ Abrams, enregistrée après la projection du film du vendredi 26 avril 2013 au Pathé IMAX Quai d'Ivry. Avancez à 13:30.

 

 

"Star Trek Into Darkness" de JJ Abrams. Avec Chris Pine, Zachary Quinto, Karl Urban, Zoe Saldana, Simon Pegg, John Cho, Alice Eve, Anton Yelchin, Peter Weller et Benedict Cumberbatch.

Au cinéma le 12 juin.

 

 

William Mondello

 

Crédit : Paramount Pictures

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Samedi 20 avril 2013 6 20 /04 /Avr /2013 19:54
- Par William

Le nouveau film du réalisateur de « Tron, l'Héritage » est-il le film de "l'oubli" ?

 

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Oblivion : la Science-Fiction, miroir de l’âme ?

 

Initialement prévu chez Disney et écrit par William Monahan, oscarisé pour le scénario des « Infiltrés » de Martin Scorsese, « Oblivion », qui signifie « oubli », aura finalement été produit chez Universal.

Attaché au projet depuis assez longtemps, Tom Cruise, carriériste dans l’âme et rare acteur hollywoodien à être resté bankable pendant près de trois décennies, convaincu par l’efficacité du script et du talent de metteur en scène de Joseph Kosinski, a mis les bouchées doubles.

Rarement on aura vu un film aussi « nouveau » être fait aussi rapidement dans cet Hollywood habitué aux remakes, reboots, suites et spin-offs (ça arrive, ne vous en faîtes pas) à gogo.

 

Et pourquoi ?

Peut-être parce qu’à défaut d’être un excellent film, « Oblivion » est une très belle œuvre de science-fiction.

 

Un mash-up « Oblivion » ?

 

 

 

 

« J’ai vu des choses que vous ne sauriez imaginer… »

 

 

ROY BATTY

« I’ve seen things you people wouldn’t believe… »

 

 

Si dans son dernier souffle d’androïde, Rutger Hauer, le dernier réplicant à vivre, glace autant le spectateur, ce n’est pas par le bruit de ses mécanismes, mais plutôt par le discours sous jacent de son humanité acquise.

L'humanité d'un auteur visionaire qui partage sa vision ?

 

Dans le chef d’œuvre de Ridley Scott « Blade Runner », cet androïde s’attache à l’interrogation du sens de la vie, se sachant condamné. Il évoque une "mort" et non une simple "déconnexion", car il pense, rêve, croit comme un homme. A-t-il ainsi une âme ?


Pourquoi vit-il ? Quel est le sens de la création ? Pourquoi a-t-il été créé ? Quelle est sa condition d’être vivant ?

 

La science-fiction, depuis des décennies se rapporte aux grandes questions.

La condition humaine.

Le libre arbitre.

Le sens des réalités.

L’appétit de la découverte.

La définition de la création.

Le poids de l’âme.

 

Pour ce faire, le genre utilise pléthore d’inventions. Imagine ce que notre présent sera. Le pousse jusque dans ses derniers retranchements. L’explore pour l’étendre.

Jusqu’à l’infini.

 

Elle exagère nos réalités, en se servant de la technologie comme d’un moyen pour se justifier et nous faire croire à ce qu’elle nous montre.

 

Un œil nous surveille sous des aspects sécuritaires pour mieux nous contrôler, le voyage aux confins de l’univers sert à nous perdre, la conquête spatiale nous pousse à nous interroger sur le sens de la vie, une réalité est superposée sur notre définition du réel pour nous utiliser, la création d’un robot nous rend imparfait, l’information devient instantanée pour mieux nous traquer…

 

De « 1984 » de George Orwell à « Minority Report » de Steven Spielberg (qui adapte Philip K. Dick), chacun s’est entaché à donner corps à un risque, un avertissement, ou même un espoir.

 

Et si parmi toutes les possibilités évoquées dans ces milliers de livres, ces centaines et centaines de films, allant jusqu’au space opéra ou revenant vers la pure anticipation, et si la Science-Fiction servait à donner de l’espoir à l’Homme ?

 

 

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La Science Fiction sert-elle à donner de l’espoir à l’Homme ?

 

 

Dans « Oblivion », Joseph Kosinski, réalisateur talentueux de « Tron l’Héritage », et accessoirement ancien architecte, s’amuse à revisiter (plagier ?) bon nombre de ses classiques SF.

Dans ce monde qui oublie son passé, l’ironie veut que le spectateur se remémore toutes ces références, plus ou moins cachées, d’anciens classiques de SF.

On pense à « 2001, l’Odyssée de l’Espace », « Matrix », « Independence Day », « Soleil Vert » ou même certains chapitres de la « Quatrième Dimension » dont ce film ressemble fortement à un épisode version longue.

On pense aussi, un peu, aux limites que dépasse la série suédoise « Real Humans » actuellement diffusée sur Arte. C’est se demander si chaque œuvre de science-fiction ne se fait pas du pied pour se challenger à chaque fois davantage.

 

De twist en twist, Kosinski pose sa caméra pour créer une véritable imagerie ; des plans qui restent en tête.

Un objectif qu’il fait danser de symétrie à plan épuré dans les séquences plus dynamiques.

Avec la musique de M83, mélancolique, il créé un ton. Une ambiance.

Son casting habite alors chaque plan et rattrape les défauts d’une réalisation parfois belle mais creuse. Andrea Riseborough émeut. Olga Kurylenko attendrit.

Et les voix équivoques de Morgan Freeman et Melissa Leo, en parfaite opposition (le jeu des symétries, cher à Kosinski), habille l’univers du film.

 

La direction artistique est soignée jusqu’au moindre détail.

De l’écran titre qui laisse apparaître le scintillement d’une bague, au choix d’un décor vierge, grandiose de beauté. La générosité en idées passe aussi par tout cet ensemble.

Une direction artistique peaufinée pour exister. A l’instar de ce personnage principal incarné par un Tom Cruise à chaque fois plus impeccable.

 

Un homme au destin tracé dans l’oubli. Mais que le conflit intérieur entre déterminisme et libre arbitre va libérer.

 

Le libre arbitre, c’est le choix. La liberté. En l’occurrence, la liberté de se souvenir. La liberté d’aimer. La liberté de partager. Partager une âme avec celle qu’on aime. Une émotion qui, elle, ne s’oublie pas.

 

« Oblivion » appelle donc aux grandes questions quand il ne s’évertue par à nous étonner dans son storytelling réussi mais aux actions pas toujours bien amenées.

 

Ce film original (ou presque), dans la pure tradition de SF, se référence aux questions des premiers philosophes. S’interroge sur la condition humaine. Sur qu’est ce que la création. Qu’est ce que la destruction.

Mais aussi, et c’est sans doute l’une des plus belles nouveautés glissées par le film, que retiens notre âme d’un amour partagé.

 

 

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Le souvenir d’un amour perdu, miroir de l’âme

 

 

La science-fiction appelle à l’interrogation. Le genre nous pousse à revisiter nous même nos différentes croyances et tout ce que nous avions pensé auparavant.

 

La SF est une porte ouverte vers un autre monde pas si lointain du notre en nous rapportant aux questions que l’Humanité se pose encore.

 

Et si demain je construisais un robot, pourrais-je le considérer en tant qu’être vivant ? Pourrait-il être mon enfant ?

  

Et si demain, j’étais réveillé après 60 ans de sommeil. Comment pourrais-je revoir mes proches ?

 

Et si demain, j’apprenais que je ne suis que l’esclave de l’entité qui m’a créé ?

 

« Oblivion » c’est un peu tout ça à la fois.

Beaucoup de références, pas toujours digérées. Beaucoup d’idées, pas toujours bien amenées. Beaucoup de décollages, pas toujours bien négociés.

Mais quel régal…  Visuel. Sonore. Un film épique et spectaculaire, plutôt bien dosé.

 

Et quel régal, aussi, de sortir d’une salle de cinéma, et s’éprendre à s’interroger de nouveau. De s’aventurer à passer toutes ces nouvelles portes qui viennent d’être ouvertes.

 

Car de la bonne SF, c’est celle qui pousse à regarder au delà du miroir.

Au-delà du miroir de l’âme.

 

 

 

« Oblivion » de Joseph Kosinski.

Avec Tom Cruise, Olga Kurylenko, Morgan Freeman, Andrea Riseborough et Nikolaj -LANNISTER!- Coster-Waldau.

Musique de M83.

Actuellement au cinéma.

 

William Mondello

 

Crédit : Universal Pictures

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Dimanche 7 avril 2013 7 07 /04 /Avr /2013 16:22
- Par William

Le film qui aura fait couler beaucoup d’encre en 2010 est celui qui réclame le plus d’explications. Alors cette toupie, elle tombe ou pas ?

 

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Inception,

cette histoire d’une toupie qui (ne) tombe (pas)

 

« Inception », film magistral de Christopher Nolan, alors réalisateur milliardaire de « The Dark Knight » est plus un film personnel qu’un simple mix « James Bond-Matrix » comme se plaisait à le dire une certaine partie de la presse à la sortie de ce film au succès unanime.

 

Unanime ? NON !

Car il faut bien dire que le style Nolan en énerve plus d’un.

Boursouflure, zone d’ombre, cartésianisme, mise en scène impersonnelle, films bavards… Nolan laisse le champ libre à beaucoup de détracteurs bien qu’il soit adoré par toute une partie des internautes.

 

Car ses accents épiques soutenus par la musique imposante de Hans Zimmer ne sont pas toujours vus comme subtilité cinématographique digne d’un « grand ».

Pourtant Nolan, réalisateur du renversant « Memento » tourne ses œuvres comme de véritables tours de magie.

Le réalisateur britannique s’amuse à jouer avec notre attention en remplissant ses films de dialogues étirés, parfois sans fin, et presque trop explicatifs.

 

Il impose, lui, à parler ou expliquer tout le temps. Ses films gonflent le torse sans cesse, si bien qu’ils ne laissent que trop rarement respirer le spectateur.

 

Pourtant s’il est bien un film de la jeune carrière du cinéaste qui a bouleversé bien du monde, y compris ses détracteurs, ça serait celui-là : « Inception ».

 

Totalement inattendu et à la campagne marketing maitrisée qui n’a jamais révélé ne serait-ce qu’un morceau précis de l’histoire avant la sortie du film (un marketing qui s’amusait même à brouiller les pistes), « Inception » s’évertue à nous expliquer les rouages d’un mécanisme, celui des rêves, en les dessinant avec un étonnant sens du réalisme qu’on pourrait presque trouver un peu triste tant nos rêves « normaux » sont plus imaginatifs.

 

Mais Nolan cherche en réalité à brouiller les pistes justement, car son film original (ni suite, ni remake, ni reboot, basé sur rien, peut-être le seul dans ce cas à l’été 2010) parle peut-être bien d’autre chose.

 

Alors cette toupie : elle tombe ou pas ?

« Inception » c’est l’histoire d’une toupie qui tombe ?

 

Certainement pas.

C’est justement… plus subtil que ça !

 

Analyse, explications. Fermez les yeux et commencez à rêver… Pour de vrai, cette fois.

 

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Un rêve dans un rêve

 

Avant toute chose, il est important de revenir sur l’explication du mécanisme des rêves selon « Inception ».

 

Ainsi, dans cet espèce de futur proche, l’espionnage industriel utilise des méthodes révolutionnaires pour s’accaparer de secrets de grands magnats enfouis au plus profond de leurs subconscients.

Pour ce faire, ils passent par des techniques chimiques et électroniques permettant d’avoir des rêves partagés.

 

Chaque rêve doit avoir un architecte : c’est celui qui rêve l’espace dans lequel ils vont tous se retrouver.

Les autres participants vont donc intégrer le rêve de l’architecte qui aura donc « dessiné », par sa force mentale, les décors dans lesquels ils se trouveront.

Conscient qu’il rêve, il peut ainsi faire n’importe quoi : c’est ce qu’on appelle le rêve lucide (être conscient de son rêve permet d’apprendre à le contrôler : essayez, c’est génial).

 

Mais le vice de « Inception », c’est qu’il faut aussi ajouter la notion de rêve emboité.

 

En effet, n’avez-vous jamais rêvé de rêver ??

 

Un rêve dans un rêve n’implique cependant pas d’avoir à chaque fois un nouvel architecte.

Dans le film : Ariadne, interprétée par la sublime mais très accessoire Ellen Page (elle sert à ne pas perdre le spectateur en interrogeant Dom Cobb, joué par l’impeccable Leonardo DiCaprio) est l’architecte des trois rêves emboités.

Elle s’entraine d’ailleurs préalablement à dessiner les décors dans lesquels ils se trouveront pour le casse du siècle qui ne consiste pas seulement à voler une idée à Robert Fischer Jr. (émouvant Cillian Murphy) mais à carrément lui implanter une idée sans qu’il ne s’en rende compte : une INCEPTION.

 

Pour réaliser une telle opération, jugée impossible par plus d’un protagoniste, ils doivent perdre Fischer dans ses méandres en l’emmenant le plus loin possible dans son subconscient. Un subconscient monté de toute pièce puisque l’architecte des rêves n’est pas lui même, mais en réalité Ariadne. Mais ça, il ne le sait pas et ne doit pas le savoir.

 

La difficulté supplémentaire étant que Fischer a été entrainé pour ne pas se faire avoir par ces espions-mercenaires des rêves.

 

Dans un rêve normal, chaque personnage tué se réveille. Mais la complexité de cette opération poussant les mercenaires de Cobb a opter pour TROIS rêves emboités les plongent dans un rêve tellement réaliste que s’ils sont tués, ils tombent dans une forme de coma : les Limbes.

 

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Les limbes qui sont une forme de niveau intemporel, où se mélangent tous les subconscients des personnages, à commencer par celui qui a le plus gros : Dom Cobb (DiCaprio) ayant vécu dedans l’espace de 50 ans…

 

Car même si dans la réalité il n’aura dormi qu’une poignée d’heures, les rêves laissent penser que le temps passe encore moins vite…

Cette distorsion du temps est symbolisée par la musique d’Edith Piaf, qui ralentie, est le thème du film.

 

Tout cette mécanique complexe, difficile à résumer, est en réalité une idée que se fait Christopher Nolan du cinéma.

 

Le cinéma est un rêve sur toile.

Ce que nous voyons est irréel. En résumant cette idée dans cet emboitement pervers des rêves, Nolan montre ce qu’il croit du cinéma. Une technique, un enchevêtrement de mécanismes compliqués qui donnent vie à une histoire et des personnages.

« Inception » est donc une œuvre technique sur ce point : effets spéciaux, montage.

 

La notion du temps pour un long-métrage est ainsi évoquée : un film dure deux heures pour résumer plusieurs semaines.

 

C’est, quelque part, la propre Inception (implantation d’idée) de Nolan sur son spectateur.

La première !

Celle de lui faire croire que cette mécanique est importante alors que celle-ci n’est que le décor d’une idée encore plus grande, et peut-être aussi émouvante que l’idée de Fischer de faire le deuil de la mort son père : « Inception » n’est pas un film de science-fiction ou un thriller. C’est un drame.

 

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« Do you want to become an old man,

filled with regrets,

waiting to die alone ? »

 

 

Car « Inception » n’est pas moins qu’un film sur le deuil et les regrets.

 

Tout est dans la double relation Dom-Mall Cobb et Robert-Maurice Fischer, interprétés respectivement par Leonardo Dicaprio, Marion Cotillard, Cillian Murphy et feu Pete Postlethwaite.

 

Deux familles. Brisées.

Deux antagonistes. Renversés.

Deux amours. Atrophiés.

 

Deux relations qui ne fonctionnent pas/plus dans la réalité. Deux relations qui vont donc se rattraper en étant rêvées.

Ou cauchemardées.

 

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Dans la première, Mall (Cotillard) revient comme un fantôme qui hante Dom (DiCaprio).

Elle se promène, déambule et agresse le subconscient de Dom car elle est son souvenir briseur. Celui qui le tord dans tous les sens comme une maladie.

Lui-même évoque l’Inception comme un cancer.

 

Décédée brutalement car elle avait perdu la notion de la réalité, Dom s’enferme alors dans son souvenir en la laissant vivante au travers de ces rêves.

Il refuse ainsi de passer à autre chose et montre au spectateur, représenté par Ariadne, son profond désarroi, qu’il explore en prenant un ascenseur équivoque qui hiérarchise ainsi ses pires mémoires : le plus profond étant le pire ; le plus haut le meilleur.

 

Néanmoins même dans le meilleur l’angoisse règne. Le regard glaçant de Cotillard et l’ambiance anxiogène qui découle de chacune de ses apparitions amène ainsi le spectateur à la voir comme un danger à chaque fois plus gros.

 

Manipulations, obsessions, tour de passe-passe. Il y a un rappel au film « Le Prestige », la différence est que « Inception » se concentre davantage sur l’évolution de tels risques.

Des risques oniriques, certes, mais aux dangers réels, du fait de cette interprétation chaque fois "trop" libre de la réalité selon chacun. Quelle est la réalité ? Pour qui et pour quoi ? A quel point cette ambiguité entre rêve et réalité est-elle dangereuse ?

 

Au fur et à mesure du film, ce danger prend de l’importance car il amène même à remettre en cause toute l’opération du film et met mortellement en danger les autres personnages, dont Saito, celui qui ne cesse jamais de répéter la formule des regrets, revenant plusieurs fois dans le film.

 

 

SAITO

Do you want to become an old man, filled with regrets, waiting to die alone.

(Voulez-vous devenir un vieil homme, rongé par les regrets, n’attendant plus que mourir seul ?)

 

 

Cette question est précisément posée à Cobb tout au long du film car elle est son enjeu propre.

 

Une ironie puisque Saito est celui qui finira vieux, oubliant toute notion de la réalité, dans les limbes où il aurait pu mijoter encore longtemps si Cobb n’avait pas pris le risque de venir le chercher à la fin du film… Utilisant à cette occasion la fameuse toupie, permettant de faire la différence entre le réel et le rêve, sur laquelle je reviendrais plus tard.

 

La vieillesse et la mort est, elle, encore plus évoquée par l’intermédiaire du binôme Robert et Maurice Fischer, fils et père éloignés par le temps, l’argent et les affaires.

 

 

MAURICE FISCHER

… Disappointed…

(Déçu)

 

 

Robert Fischer (Murphy), rongé par les regrets de ne pas avoir un père qui l’aime pour ce qu’il est, devient une corollaire à Dom Cobb (DiCaprio).

 

Ils sont deux confrontés au chagrin de ne pas savoir passer à autre chose. De ne pas faire le deuil.

 

En aidant indirectement l’autre sur la base d’un mensonge, d’une illusion, à passer à autre chose, Dom Cobb va réaliser qu’il se repose lui-même sur une illusion en maintenant Mall en vie à travers ses rêves et franchit donc le pas de l’oublier en la tuant symboliquement dans son ultime rêve des limbes… Décidément chargé de notions mythiques et/ou divines (le paradis).

A ce sujet, il est intéressant de voir que c'est le fantôme du deuil Mall (Cotillard) qui élimine dans un premier temps Fischer Jr. (Murphy), en quête d'un lâcher prise. Elle met en péril la mission et l'action sentimentale qui en découlera (Fischer dit au revoir à son père défunt), comme si l'esprit de Cobb (qui l'anime) s'interdisait encore les adieux comme celui que va faire Fischer.

Pour contrecarrer Mall, Ariadne et Dom Cobb vont chercher Fischer dans les Limbes, poussant alors Dom a affronter le fantôme de sa femme une ultime fois... Au fond, Mall précipite en fait sa propre perte dans l'esprit de Dom.

Un peu comme la véritable Mall l'a fait en se suicidant.

 

Dom Cobb ne souhaite que retrouver ses enfants.

Symboles de la jeunesse, du passage à une autre génération, et donc, d’une certaine façon, du passage à autre chose… Dans une forme de réalité.

Et c’est d’ailleurs tout ce qui est montré dans l’ultime séquence du film, avant l’apparition de l’écran titre sur fond noir qui apparaît comme un clou du spectacle.

 

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Pourquoi trouvons-nous important

qu’une toupie tombe ?

 

La toupie est la notion de réalité pour Dom. Elle est un indice sur la nature de la réalité dans laquelle il se trouve au moment où il la met à tourner.

C’est le principe des totems : ils sont le moyen utilisé par les protagonistes pour savoir s’ils sont plongés dans un rêve trop réel dans lequel ils pourraient se perdre, ou s’ils sont dans la réalité.

 

Problème, cette toupie donne une impression biaisée car elle n’est pas le totem de Dom Cobb mais celui de Mall, sa femme morte.

 

Cinématographiquement, elle est une suggestion pour le spectateur, un signe.

Un peu comme le l’eau qui tremble ou l’aileron de requin dans les films de Spielberg (respectivement « Jurassic Park » et « Les Dents de la Mer ») qui signalent l’arrivée du monstre et font donc monter la pression, la toupie est le symbole des rêves dans le film de Christopher Nolan.

En nous privant de la réponse (tombe-t-elle ou non ?), Nolan s’amuse de nos attentes mais évoque aussi tout autre chose.

 

En réalité (c’est le cas de le dire), le cinéaste évoque une autre question se rapportant directement au personnage de Cobb et nous interroge nous, spectateur.

Sommes-nous prêts à passer à autre chose ?

Sommes-nous prêts à comprendre le film au-delà de la question directe qu’il pose ? En l’oubliant et en nous concentrant sur le non-dit ?

Sommes-nous prêts à apprécier un film pour ce qu’il est ?

Sommes-nous prêts à passer outre notre obsession, qui se rapporte en fait à celle du personnage principal ?

 

C’est ça la véritable Inception de Christopher Nolan.

Elle s’est déroulée sur le spectateur, et à plusieurs niveaux.

 

Nolan a ainsi joué avec notre attention. Il nous a fait oublier qu’on regardait un film.

Cette évasion nous a ainsi ramené à nos querelles internes en nous touchant (la notion de deuil, universelle) et nous a détourné de nos problèmes externes, loin de la salle obscure qui a projeté le film auquel nous venons d’assister.

Mieux, en posant une question digne d’une problématique du Chat de Schrödinger (le chat est-il mort ou vivant ?), le film vit en dehors de la salle et devient même un sujet de discussion.

 

Avec plus de $850 millions de recette à travers le monde, tout s’est un peu emballé pour ce film original.

 

Un film-univers qui a fait des petits : parodies en tout genre, détournements 2.0 (mèmes et consorts), bandes-annonces de films reprenant le « Inception Horn » et même un jeu vidéo en préparation.

 

Inception memes

 

« Inception » est un film sur le voile des illusions. Sur la notion de réalité.

Nous nous séparons parfois d’elle afin de nous garantir un rêve dans lequel nous finissions par nous complaire, car il apporte une forme de satisfaction immédiate. Mais sur le plus long-terme, sachant bien au fond de nous même (le rapport avec le film et son enchevêtrement de rêves profonds) que cette satisfaction est provoquée par l’irréel, nous nous détruisons.

 

Alors quand Cobb décide de ne plus regarder la réponse à sa question (rêve-t-il ou est-il dans la réalité ?), c’est qu’il est enfin passé au-delà de son obsession. Au-delà de cette question le rapportant à la mort de sa femme.

Son deuil est enfin terminé… pour que le notre commence…. Jusqu’à la lecture de cet article, bien entendu !! ;-)

 

Et si la réponse à cette question sur la toupie n'était tout simplement pas ailleurs ? 

 

« Inception » c’est peut être bien l’histoire d’une chute. Suivie d’une remontée.

 

 

 

« Inception » de Christopher Nolan.

Avec Leonardo DiCaprio, Marion Cotillard, Ken Watanabe, Ellen Page, Cillian Murphy, Tom Hardy, Joseph Gordon-Levitt et Michael Caine.

Actuellement en DVD et Blu-Ray.

 

William Mondello

 

Crédits : Warner Bros.

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Samedi 16 mars 2013 6 16 /03 /Mars /2013 20:06
- Par William

La mode est aux contes revisités. Rien que ce mois-ci, nous en aurons trois ! Mais que donne le film du réalisateur de « Spider-Man » ? Un conte personnel !

 

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Le Monde Fantastique d’Oz :

l’histoire cachée d’un magicien grand et puissant

 

Dans les années 1990, je découvrais lors d’un après-midi de jour férié un monument du Cinéma, mais ça, je ne le savais pas encore du haut de mes six ans.

Passé du noir et blanc à la couleur, venant tout droit du Kansas, Dorothy ne le savait pas plus, et pourtant, elle était l’ambassadrice d’une magie intemporelle qui allait toucher plusieurs générations.

« Le Magicien d’Oz » de Victor Fleming a su se faire une place dans le cœur de nombreux cinéastes au fil des années.

 

L’un d’eux : Sam Raimi.

Grand cinéphile, il fut, à l’image de Dorothy ; un ambassadeur d’une autre magie dans les années 1980, à l’hémoglobine plus poussée : le genre horrifique fantastique brillait de mille feux à ce moment là. « Evil Dead », ce pur OVNI cinématographique, scella ainsi la carrière du réalisateur.

 

Une quinzaine d’années plus tard, Sony Pictures choisissait son goût pour le désuet charmant pour l’adaptation de « Spider-Man ».

Après trois réussites artistiques et commerciales (plus discutable pour « Spider-Man 3 »), Sam Raimi fut remercié.

Le cas « Spider-Man 4 » est presque un cas d’école : pré-production houleuse, différends artistiques, ambitions financières démesurées pour chacune des parties (production, réalisateur, acteurs). Bref, ce quatrième épisode des aventures de Peter Parker ne pouvait plus se faire avec Sam Raimi.

Sony Pictures claque ainsi la porte au réalisateur américain et le met définitivement dehors pour rebooter (un peu trop vite à mon goût) la saga « Spider-Man » afin d’en conserver les droits (« The Amazing Spider-Man », cette grande réussite).

 

Après un « Jusqu’en Enfer » personnel, Sam Raimi est repêché par Disney et envoyé sur le champ de bataille.

« Alice au Pays des Merveilles », conte 3D revisité par Tim Burton (et discutable), a amassé plus d’un milliard de dollars de recettes à travers le monde en surfant sur la vague « Avatar », sorti 3 mois plus tôt.

Convaincus de tenir là un réceptacle à dollars, Disney relance l’opération : conte revisité, réalisateur reconnu et admiré, production surpuissante (remarquez toutes les productions semblables ces temps-ci : « Hansel & Gretel », « Jack le Chasseur de Géants »).

Joe Roth, ex-Président des Studios Disney dans les années 1990, revient à la production après « Alice » et « Blanche-Neige et le Chasseur », dévolu à Universal Pictures, pour mettre en boite ce nouveau succès.

 

Alors ? Boite à idées ou opportunisme en boite ?

 

Ce « Oz, The Great and Powerful » n’est sans doute pas le film de l’année, mais a plus d’un tour dans son sac !

 

Brève analyse et seconde lecture à venir !

Attention, c’est truffé de spoilers (si vous n’avez pas vu le film et ne voulez pas en savoir plus, PARTEZ !).

 

 

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« I don’t want to be a good man.

I want to be a great one ! »

 

Le film commence ainsi dans un tourbillon.

 

Passé le château logo de Disney, nous entrons dans un tourbillon d’idées, de « trucs » à rappeler le théâtre-studio de George Méliès, qui utilisait la profondeur de champs pour glisser des objets fantastiques.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/39/Melies%27s_Montreuil_studio.jpg


Et c’est un peu l’image que souhaite donner Raimi à son film.

Les effets spéciaux prennent tout leur relief grâce à la 3D, le scénario accumule les petites idées fantastiques pour étonner son spectateur, et Sam Raimi doit donc passer par le château de Cendrillon (allégorie de Disney) pour réaliser un rêve de gosse.

 

 

OZ

I don’t want to be a good man. I want to be a great one !

(je ne veux pas être un homme brave, je veux être un grand homme !)

 

 

Un rêve qui l’oblige à revisiter sa propre carrière et mettre en scène des personnages qu’il a rencontré tout au long de sa vie.

Ce n’est pas pour rien que Zach Braff devient le singe volant Finley. La petite handicapée (Joey King), vue dans la première partie du film en noir et blanc, devient elle, cette petite poupée de porcelaine réparable : China Girl.

 

Par ces nouvelles représentations de personnages déjà rencontrés, Raimi ne cherche pas à créer une confusion rêve/réalité, mais plutôt à mettre en évidence un lien entre ce que le personnage principal voit au pays d’Oz et a pu vivre par le passé.

« Le Monde Fantastique d’Oz » n’est donc plus un simple récit initiatique sur la quête d’identité, mais même plutôt la revisite de choses vécues, sublimées par ce que le recul de ces expériences à pu apporter.

 

Ainsi, le magazine MadMovies ne se trompe pas quand il indique que « Le Monde Fantastique d’Oz » est une métaphore de la carrière de Sam Raimi selon le modèle suivant :

 

- Sam Raimi = Le Magicien (James Franco)

- Agent de star = Theodora, sorcière équipe 1 (Mila Kunis)

- Productrice hollywoodienne = Evanora, sorcière équipe 1 (Rachel Weisz)

- Représentante de Disney = Glinda, sorcière équipe 2 (Michelle Williams)

 

L'équipe 1 = Sony Pictures, et l'équipe 2 = Disney.

 

Un magicien prestidigitateur interprété par James Franco (Sam Raimi) est catapulté dans un monde fantastique (Hollywood) où il espère devenir riche (la réussite hollywoodienne) et pourquoi pas Roi (consécration, avec les prix).

Il rencontre une ravissante jeune femme jouée par Mila Kunis (agent) qui espère bien qu’il est le Magicien d’Oz comme l’indique la prophétie (l’agent est faite pour ça).

Elle emmène le magicien (Raimi) à Rachel Weisz (une productrice hollywoodienne) qui lui promet gloire et fortune (le trésor) s’il tue la méchante sorcière (présumée), la ravissante Michelle Williams.

 

C’est là où je vais prendre volontairement de la distance avec ce qu’à écrit le magazine des films de genre.

 

 

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Une magie peut en cacher une autre

 

La sorcière présumée méchante et qui doit être tuée (Sony Pictures qui souhaite tuer Disney, son concurrent direct) est en fait gentille (Disney donne plus de libertés qu’on ne pense) et espère même que le magicien pourra l’aider pour tuer les autres sorcières qui sont en fait méchantes –l’agent va le devenir, après un bourrage de crane par la sorcière-productrice.

 

Si on suit alors le principe évoqué ci-dessus, l’équipe 1 de sorcières (possiblement Sony Pictures, ex-producteurs de Sam Raimi sur la trilogie « Spider-Man ») cherche à terrasser l’équipe 2 (la sorcière en réalité gentille : Disney) en la faisant passer pour la méchante par un jeu de manipulation.

 

Sauf que le magicien d’Oz est quelque peu candide (Sam Raimi et ses rêves de cinéaste) et aspire à plus de reconnaissance.

 

Il va donc aider la sorcière de l'équipe 2 : Michelle Williams / Disney.
Il prépare l'attaque contre l'équipe 1 en rassemblant une famille, une tribu, à priori inoffensive, mais qui lui garantira respect, peut être bien gloire et fortune.

Le parallèle ici est à faire avec les équipes créatrices de Disney, qu’on assimile à enfantines. Par extension, on peut les rapprocher au public familial visé par la major aux grandes oreilles et donc par la production de ce nouveau film pour Sam Raimi.

La famille est une cible à priori inoffensive, et pourtant, c’est celle qui aujourd’hui rapporte le plus d’argent à travers le monde… Réfléchissez-y bien : quels sont les films qui marchent le mieux ?

 

Un énième parallèle peut être fait avec cette sorcière blanche, qui a tout d’une mariée (et qui gagne avec le magicien, une fin pur vieil Hollywood avec ce baiser iconique rappelant « Autant en Emporte le Vent ») : elle peut être assimilée à Gillian Greene, actrice américaine (et donc faisant partie du système) et femme de Sam Raimi à la ville… depuis 1993 !

De quoi la mettre en scène comme un véritable soutien magique ?

 

La fin de l’histoire, quant à elle, est un pur délire de cinéaste.

Sam Raimi invoque Edison et George Méliès au travers de cette invention farfelue qu’est cette fumée blanche, où est projetée le visage du magicien… Oui, pas moins qu’un cinématographe.

 

Le cinéma, dans sa pure essence, vainc les affreuses sorcières de la machine hollywoodienne néfaste et fait briller le Royaume d’Oz de mille feux : Disneyland ou l’œuvre de Raimi ?

 

 

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Manège intemporel

 

Il est difficile de juger ainsi le film sur pièce. Car bien qu’il offre de tels niveaux de lecture, il reste très simpliste.

C’est sûr, on prend dix huit fois son pied dans ces montagnes russes numériques, infiniment plus réussies que la bouille digitale de Burton (« Alice au Pays des Merveilles ») et à la 3D réellement exploitée (les passages d’un format 1,33 noir et blanc à un format Cinémascope procure quelques frissons rappelant l’attraction « Cinémagique » à Disneyland !).

Le voir dans les conditions optimales (projection 4K et son Dolby ATMOS pour ma part) procure un certain plaisir. Et c’est aussi ce que recherche Sam Raimi en réalisant ce film : nous procurer du plaisir, comme sur une montagne russe.

 

A votre avis, pourquoi le film débute dans une fête foraine ?

Il ne faut pas se méprendre. Le Cinéma est aussi un art forain à l’origine…

 

Alors, ce « Monde Fantastique d’Oz » entrera-t-il dans l’Histoire comme l’avait fait « Le Magicien d’Oz » en 1939, ode technique et spectacle à apprécier encore aujourd’hui ?

J’aimerais répondre par la négative, mais cet attachement à l’art que prône Sam Raimi pendant 2h07 me pousse à une grande hésitation…

 

"It's all about Movie Magic."

Continuez donc de rêver les yeux grands ouverts !

 

 

 

 

« Le Monde Fantastique d’Oz » de Sam Raimi.

Avec James Franco, Mila Kunis, Rachel Weisz, Michelle Williams, Zach Braff et Joey King.
Musique de Danny Elfman.

Actuellement au cinéma.

 

William Mondello

 

Crédit photo : The Walt Disney Company

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Jeudi 21 février 2013 4 21 /02 /Fév /2013 14:41
- Par William

Porté par un genre disparu, le nouveau film de Quentin Tarantino est un grand tournant pour le réalisateur. QT contemple sa propre filmographie et en profite pour se réinventer. Lumières, caméra, flingues, action !

 

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Django Unchained : une évolution peut en cacher une autre 


Cinéaste des huis-clos vengeurs successifs, QT, comme on l’appelle (prononcez « Qiu-Ti ») est aussi celui des mash-ups filmiques.

Admirateur d’un cinéma aujourd’hui disparu, il le relance sans cesse à chacun de ses films, devenus événements depuis sa réussite triomphale « Pulp Fiction » ou son dyptique « Kill Bill ».

Ambassadeur d’une certaine pop-culture, Quentin Tarantino est aussi un scénariste hors pair, écrivain de dialogues savoureux, où chaque réplique est un coup tiré, et créateur de personnages féroces, dont les mimiques sont souvent imitées (!) mais rarement égalées.

 

Aujourd’hui, Quentin Tarantino offre son film de la maturité.

« Django Unchained » marque en effet un tournant.

D’abord en réunissant un casting de haute volée, comprenant les acteurs fétiches Samuel L. Jackson ou Christoph Waltz, mais aussi car il est le premier long-métrage du réalisateur depuis sa première nomination à l’Oscar de cette catégorie pour « Inglourious Basterds », en 2010.

La mauvaise nouvelle, c’est que Tarantino se prend aujourd’hui un peu plus au sérieux et gadgétise moins ses films, les rendant ainsi moins « originaux ».

La bonne nouvelle, c’est qu’on peut aussi s’en réjouir.

Enormément.

 

Explications, et avec des spoilers s’il vous plait (allez donc voir le film !).

 

 

 

 

La Référence Tarantino : de la blaxploitation au western spaghetti

 

Film le plus académique de la filmographie de Quentin Tarantino, devenu l’enfant pas sage d’Hollywood, « Django Unchained » est aussi probablement sa meilleure contribution depuis longtemps (ça c’était pour la subjectivité introductive, attachez vos ceintures).

 

Académique, classique, certes, « Django » reste aussi un mash-up. La différence étant que QT le prend différemment.

Il en profite pour prendre de la distance avec ce qu’il a déjà fait et même pour se réinventer subtilement.

 

Quentin Tarantino, metteur en scène de la référence, a toujours cherché à reproduire, singer ou rendre hommage à ce cinéma qu’il adore tant. Un cinéma de genre, longtemps conspué, et remis en selle grâce à une aura nostalgique. Un cinéma qui se distingue par une réplique flinguée, un personnage haut en couleurs ou une séquence grave détournée, ironisée.

« Django Unchained » mêle ainsi, d’une part, le cinéma de la blaxploitation, correspondant à un segment de l’exploitation cinématographique américaine, dédiée aux noirs américains, qui mettait en scène des héros « blacks » dans du cinéma populaire, à défaut de pouvoir le faire dans le cinéma mainstream hollywoodien, détenus par les blancs. Héritier des relents du racisme des années 1950/1960, la blaxploitation, vogue ou courant devenu genre à part entière dans les années 1970, a enfanté quelques perles cultes  comme « Shaft », adulé par toute une génération et notamment QT.

D’autre part, « Django », qui doit aussi son titre à un classique italien, prend racine dans le genre de western spaghetti, qu’on ne présente plus, porté par une Italie cinéaste réinventant un genre à bout de souffle dans les années 1960.

Impossible de ne pas citer « Pour une poignée de Dollars de Plus », « Le Bon, la Brute et le Truand », « Il était une fois dans l’Ouest » pour Sergio Leone, ou, pour Sergio Corbucci, « Le Grand Silence » et… « Django ».

 

Référencé et référentiel, « Django Unchained » est également une fresque quasi chevaleresque, où le personnage principal est à la poursuite d’un amour perdu. « Django » est d’ailleurs le film le plus sensible du réalisateur.

Sensible car jouant en permanence sur la corde de l’émotion avec ce personnage poursuivant la trace de sa dulcinée perdue.

Sensible, car politiquement, le film attaque de toute part.

 

Politiquement… incorrect, comme toujours chez QT, ce nouveau long-métrage détourne les pires heures de l’Histoire américaine, comme il avait déjà tenté de le faire dans « Inglourious Basterds », plus fun dans son traitement, et beaucoup moins adulte dans le ton (on sent un Tarantino nominé aux Oscars, qui commence presque à se prendre au sérieux : et tant mieux !).

 

Ainsi, moins de tics de réalisation, moins d’effets de montage kitschs qui contribuaient à son « style ».

Tarantino abandonne même sa narration dispersée en chapitre pour un récit cette fois bien plus linéaire, et beaucoup plus accessible. C’est l’occasion pour lui de se concentrer sur la base même de son style de réalisation, sur la cinématographie de son film, et sur ces deux personnages principaux, dont  l’un fini même par prendre le pas sur l’autre.

 

Mais finalement, lequel des deux ?

 

 

 

L’évolution des personnages est la clé d’un film

 

QT met en scène une nouvelle forme d’héroïsme.

Dans les pires situations de la condition humaine, il injecte une essence « cool », avec l’intrigue vengeresse qui lui sert à chaque fois de leitmotiv, pour donner sens spectaculaire à l’horreur qu’il va filmer.

 

On ne peut pas vraiment dire à première vue que QT est un grand représentant de la sensibilité au cinéma, et encore moins de l’émotion. Pourtant, dans son dernier film, le réalisateur américain va se servir de ces deux personnages principaux, pour constater l’abomination d’une époque, et chose déjà inédite, la dénoncer.

Mieux, il va se servir d’un personnage, ici interprété par Christoph Waltz, pour consacrer une évolution.

 

L’intrigue débute quelque part dans cet Ouest romancé, sur une musique rappelant les collaborations Sergio Leone / Ennio Morricone, qui a d’ailleurs écrit la chanson « Ancora Qui ? » pour le film.

Django, esclave de son temps, tabassé et appelé « nigger », est libéré par un homme à l’égo surdimensionné lors d’une scène d’ouverture de passe-passe dont seul Tarantino scénariste a le secret. Ce « dentiste allemand » est sans le savoir un homme moderne par les idées progressistes, mais absent de toute action contre l’abjection présentée dès la séquence d’ouverture.

 

Tout au long du film, Tarantino va petit à petit amener ce personnage, à priori secondaire, à se questionner. A réagir contre le scandale montré à chaque minute (les nombreux « nigger », si critiqués, utiles au film et son message).

Il fait du personnage de Django (interprété par Jamie Foxx), un être impassible, froid pendant la quasi intégralité du long métrage, pour dessiner l’archétype d’un tueur attendant non plus simple vengeance, mais amour retrouvé. Quelque part, c’est même se demander si Django est le personnage le plus impuissant du long métrage, tant il ne peut rien contre ce système repoussant.

Un personnage principal occulté au profit d’un autre car celui qui peut encore se révolter, c’est le personnage de l’incroyable Christoph Waltz : le Dr. King Schultz.

 

Ego blessé en fin de long-métrage par le sourire narquois d’un Leonardo Dicaprio brillant, Waltz va illuminer celui qu’il interprète, dans un éclair de lucidité, symbolisé par un effet de montage vif (le flashback de la mort de l’esclave, dévoré par les chiens). Son personnage aura alors subi une longue évolution, sublimée par cette fleur sanglante sur le buste de celui qu’il assassine.

 

KING SCHULTZ

I’m sorry, I couldn’t resist.

(je suis désolé, je n’ai pas pu résister)

 

C’est justement cette résistance qui éclate lors de la dernière scène de ce personnage, penchant positif du Colonel Hans Landa dans « Inglourious Basterds ».

Malin, le personnage de Christoph Waltz, qui ne vole pas ses prix d’interprétations, est un peu l’ambassadeur de la filmographie du cinéaste qui le met en scène. Un égo parfois plombé, cultivé, expansif, et qui ne peut s’empêcher de flinguer ceux qui nuisent à sa liberté (QT contre Hollywood ?).

 

Une liberté alors complètement acquise par le personnage de Jamie Foxx, à ce moment du long-métrage, et donc prêt à son tour à une grande évolution en guise d’épilogue.

 

 

DjangoUnchained-2.jpeg

 

Cool guys look at explosions

 

Car même si Tarantino a abandonné le système de chapitrage pour cette nouvelle œuvre, le réalisateur américain prend soin des personnages et les laisse vivre, soigneusement, tour à tour.

Les séquences se déroulent à chaque fois en huis-clos, avec une unité de lieu et de temps (la cave dans « Inglourious Basterds », le hangar de « Reservoir Dogs », la voiture de « Pulp Fiction »).

 

L’envol du personnage de Jamie Foxx a ainsi lieu à la mort de son compère et mentor.

L’alchimie entre les deux ayant disparue, la quête vengeresse reprend le dessus sur tout. Tarantino refait de Django de nouveau un personnage déterminé, mais cette fois-ci doublement : libérer l’amour perdu et venger celui qui l’a formé aux armes et défendu.

 

Le cinéaste gonfle sa réalisation à la testostérone, se permettant même d’apparaître dans le récit (un caméo !), et confronte celui qui était normalement son personnage principal mais qui s’est fait voler la vedette, à de nombreuses explosions.

 

Une explosion scénaristique tout d’abord, où Django flingue verbalement le moindre de ses assaillants.

Une explosion physique, où le héros, comme rarement, contemple son œuvre au lieu de la laisser derrière soi (Tarantino est-il ce Django Déchainé contemplant sa propre cinématographie en tant que référence ?).

Enfin, et surtout d’une manière tout à fait inédite pour le cinéaste : une explosion sentimentale, pour ne pas dire poétique.

Explosion où Django retrouve sa tendre et passionnée, le long de plans équivoques, rappelant un cinéma d’antan, simplement mémorables, et tout simplement beaux.

Je pense particulièrement à ces ombres projetées d’un couple qui s’embrasse.

 

C’est maintenant se demander si cette dernière explosion ne marque pas plutôt l’évolution d’un cinéaste. Un vrai.

 

« Django Unchained » de Quentin Tarantino.

Avec Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo Dicaprio, et Samuel L. Jackson.

Actuellement au cinéma.

 

William Mondello

 

Crédit photo : Sony Pictures

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